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Dégradations des gymnases : ces municipalités qui ont déjà interdit la colle sur les ballons


Appliquée sur les ballons, parfois badigeonnée sur un strap directement sur la chaussure, la résine permet une meilleure adhérence.


Elle est l’« indispensable » des handballeurs, qu’ils soient professionnels ou amateurs. Elle est aussi parfois l’ennemie des municipalités, chargées de l’entretien des équipements sportifs. La colle - ou la résine - pourrait-elle disparaître des gymnases en France ? C’est en tout cas « un sujet sensible » auxquels les clubs sont de plus en plus confrontés.


Ces derniers sont contraints de se conformer aux décisions prises par les collectivités, propriétaires des salles. Et si ces petits pots blancs présents près de tous les bancs de touche restent encore souvent tolérés, toutes les structures ne sont pas logées à la même enseigne en Lorraine.


À Fontoy, l’utilisation de la colle est encore autorisée… sous certaines conditions. « La mairie nous prête une machine et on s’occupe nous-mêmes du nettoyage. C’est un accord entre nous, on essaie de travailler en bonne entente », résume Mathieu Barel, gardien de l’équipe seniors. « Il est déjà arrivé qu’on reçoive un courrier quand c’était trop sale, on sait que la mairie peut interdire la résine. Dans ce cas, on nettoie et l’histoire tombe à l’eau. On comprend que ça coûterait trop à la mairie, sinon… »


À Homécourt, où l’équipe seniors vient d’être promue en Nationale 3, le gardien du gymnase intervient « trois fois par semaine » pour l’entretien. « Nous, on gère tout ce qui est autour du terrain », précise l’entraîneur Emmanuel Hanen. « Un dirigeant s’occupe d’enlever toutes les petites traces. » Car la colle se niche partout, dans les vestiaires, les douches, sur les poignées de porte, les rampes, même sur la table de marque… Et peut engendrer des dégradations durables.


« Le spray, pas aussi efficace et plus cher »


Rombas, qui fait partie des clubs les mieux lotis, se sait sur la sellette. « On n’a aucune interdiction et le nettoyage est géré par la mairie. On est très tranquille. Mais il va y avoir une réfection du sol à l’été 2024, je ne sais pas ce que ça donnera pour la prochaine saison », anticipe Jean-François Henon, le secrétaire du club.


Car la rénovation d’un gymnase constitue souvent un moment de bascule pour la municipalité, qui décide alors d’interdire la colle, lasse de subir une usure prématurée des revêtements ou de devoir utiliser des produits d’entretien spécifiques, souvent plus onéreux.


Et quand l’arrêté d’interdiction tombe, comme à Villerupt, les joueurs doivent alors appréhender un handball « complètement différent ». « Chez nous, la colle blanche est proscrite. On a droit à un spray, qui reproduit un peu le même effet, qui évite surtout les traces au sol », explique Jérémie Bernard, l’arrière gauche équipe seniors. « Mais ce n’est pas aussi efficace et c’est plus cher. On trouve des sprays à 10 euros, des pots de colle à 15 euros mais ce n’est pas la même longévité… Du coup, on n’utilise plus rien. »


Et les adversaires, lorsqu’ils se déplacent à Villerupt, n’ont d’autre choix que de jouer, eux aussi, sans résine… même s’ils l’utilisent au quotidien dans leur propre salle.


Difficilement acceptable au niveau départemental ou régional, la contrainte paraît inenvisageable pour les clubs qui jouent en championnats de France. « À un certain niveau, on ne peut pas jouer ni évoluer sans colle », insiste Emmanuel Hanen.


« Ça dégrade le parquet, ça dégrade beaucoup de choses »
Le regard d’un élu
« Dans la convention qu’on a signée avec les clubs, il est précisé que les locaux sont propres, qu’ils doivent rester propres. S’il y a de la colle, c’est à eux de nettoyer », tranche Alain Linden, adjoint aux Sports à Bouzonville, l’une des communes réticentes à l’usage du produit. « C’est un sujet sensible, ça grince des dents quand on retrouve des traces sur les vitres. Les personnes en charge du ménage passent un temps fou à enlever ces traces. Ça dégrade le parquet, ça dégrade beaucoup de choses. Le souci, c’est qu’il faut encore souvent mettre les points sur les i, rappeler à l’ordre pour que ce soit nettoyé. On a récemment rénové tous les sanitaires et deux jours après, on a retrouvé de la colle sur le mur des douches », soupire l’élu. « Ça fait un moment que le sujet est sur la table, on en a déjà parlé au club de handball, qui est inquiet. C’est à eux de faire l’effort de nettoyer ou on sera obligé de l’interdire à l’avenir. Je sais que le jeu n’est pas le même sans colle, on est conscient des difficultés mais il faut qu’eux soient conscients des conséquences sur les finances de la commune. »
Le regard d’une présidente de club
« On a le droit à la résine blanche lavable à l’eau, on l’a toujours utilisée », explique Sophie Grzelak présidente du club de Bure. « Le gymnase va être rénové, le sol refait et pour moi, une des conditions, c’était qu’on puisse continuer à s’en servir. Ça a été accepté sans souci. Et nous, on s’est engagé à ne pas en mettre partout, parce qu’on peut vite en retrouver sur les poignées de porte, les interrupteurs… On a une femme de ménage qui passe régulièrement, on a regardé ensemble pour acheter un produit efficace pour les traces de colle. À mes yeux, le problème vient de là, du nettoyage, régulier ou non. Mes joueurs ne joueraient pas sans colle, ce serait pénalisant. Beaucoup de clubs se battent pour ça. C’est aussi une question de bonne volonté. »
Le regard d'une joueuse professionnelle
« J’utilise moins de colle que la plupart des joueuses pros. Souvent, il y en a déjà sur le ballon et ça me suffit, je n’ai pas besoin d’en rajouter », souligne Julie Le Blévec, l’ailière droit de Metz Handball. « C’est assez personnel, cela dépend de la taille de la main, des préférences de tirs. Mais quand j’étais au Pôle de Marseille, j’ai joué dans un gymnase où la colle était interdite et c’est très compliqué. Elle est indispensable pour certains exercices à l’entraînement notamment ou en cas de forte chaleur. Cet été, j’ai rarement eu aussi chaud et avec la transpiration, ça glissait trop, j’étais obligée d’en mettre beaucoup. On a un gros flacon d’huile pour bébé dans le vestiaire, ça marche pour enlever la colle des mains ! »

La résine, à quoi ça sert ?


La colle blanche est appliquée par les joueurs sur les ballons, pour une meilleure adhérence. Certains en mettent aussi sur un strap, directement sur la chaussure, pour pouvoir en remettre facilement et rapidement pendant les matchs. Jugée essentielle pour un jeu de qualité, elle permet de mieux tenir la balle, d’éviter qu’elle ne glisse avec la transpiration, d’avoir « plus de contrôle, plus de puissance » mais aussi de mettre des effets… Autrement dit, il sera beaucoup plus compliqué de réussir une roucoulette ou d’autres gestes techniques sans la fameuse résine !


" Il y a de nouvelles technologies mais rien n'est aussi efficace"


Pour répondre aux nouvelles réglementations imposées par les communes, les équipementiers travaillent sur des alternatives à la colle. Le spray, plus onéreux, n’a pas franchement convaincu les pratiquants. « On a eu aussi des balles plus agrippantes, avec une sorte de petit solvant autour, on a testé une fois mais ça ramasse toute la poussière de la salle. Au bout de quinze jours, c’est une catastrophe. Rien n’est aussi efficace que la colle », résume Emmanuel Hanen, l’entraîneur d’Homécourt. Les ballons nouvelle génération vont plus loin encore et se veulent antidérapants, auto-agrippants, résistants à la transpiration… « Je m’interroge », reconnaît Julie Le Blévec. « La marche est importante pour pouvoir bien jouer dans ces conditions-là. »


Source : Le Républicain Lorrain





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